Le monde opaque
Avril 2008
Du mme
auteur
La Gloire Amoureuse
chez Chlo des Lys
Couverture et
photos : Plasschaert Daniel
Avec la
participation de Marie Loiseau pour les photos
|

... Nous nous sommes rencontrs
Sur le fil du tlgraphe
Un jour
Il y a de cela
Le temps d'une embuscade
Comme deux oiseaux aligns
Sur les lignes de faite
De leurs migrations
Deux otages
Qui se balancent
Dsormais
Dans le vide
Des fleurs et des chants
Leurs plumes
Jets en bataillons
Qui germent silencieux
A l'abri du ciel gel
A l'abri des ailes
Bleues de glace
Du ciel d'hiver
L o ils se sont rencontrs ...

... J'ai hiss armes et bagages ta hauteur
A hauteur dĠun amour
Qui ne se quitterait pas
Voit ce qui reste de nos pas
Regarde la boue sche sur nos talons
Ecoute le battement grave
Des alles et venues du destin
Entre Ïil et bat
Jouant aux ds les paysages du papier Peint...
... Regarde la clef sur la porte
Le rduit qui s'ouvre
A lĠarrire de tes paules
Le rduit familier
O tu entrais courbe
Jour aprs jour
Pour goter au silence
De la poussire endormie
Regarde le sol
Entre les pages du livre apocryphe
De notre vie
Le rduit cir aux odeurs dĠabeilles
O tu entrais vaincue
Nuit aprs nuit

Pour goter rsigne
Au culte de la reddition
Le rduit sculier
O tu vivais lĠhypnose
des souvenirs
pingls vice et versa
Sur les vestiges
De nos ultimes pas de deux
Cette existence vcue
Vacillante et singulire
A simuler des chants
De murnes
Syllabes vesprales
Mlopes heurtant de leurs rimes
Les hros captifs et sanglants
De notre histoire
Qui treignent immobiles
A la lisre de la mmoire
Le cercle perptuel
Du recommencement...
...Qu'est devenu le bateau minuscule
Et ses voiles blanches

Qui voguait libre sur l'tagre bancale ?
Les figurines de mariniers
A la fentre du phare ?
Que sont devenues les statuettes
Des maris de cire
Tmoins de notre premier sommeil
Ont-elles disparu
Au lieu de l'ultime combat
Ont-elles feint le rpit
Ou sont-elles par transes
Devenues
Figures de colre
Visages de cordes
D'o nos voix paraissent jaillir
Renaissantes dans l'clat
Furtif des bougies allumes
Des bouteilles brises...
... Ces miroirs tranchants
Ces coupures instantanes
Surgies l'insu de nos lvres
Ces mille tessons de lumire
Vertbres de nos ombres
Et de nos corps
Pendus aux portes manteaux
Arrires gardes d'un rouet meurtrier
Dsignant d'un doigt raide

Somnolant sous la cendre
Les choses aimes...
... Nos talismans natifs
Objets nuptiaux
Que ne protge plus l'aube
Le drapeau couronn
De nos nuits toujours craintes
Sans cesse dfigures
Gerures clestes
A la pointe des mats ...
... Telle la nappe sur la table
Au lieu de la dernire clipse
Qui nous emporta dans ses rayons obscurs
Comme le lien indfini
A la racine de nos serments
Ce voile qui glisse encore cette heure
Vers la limite du vide
Avec ses plats de cuivre
Et ses corbeilles fleuries
Comme la chaise renverse
Pleurant son repos.
Et ce soleil jaune en fresque sur le sol
clairant inutile et fuyard
Le souvenir des premiers rires
Plus joyeux qu'un lait dĠagneau...

... Qu'avions-nous imagin l'un de l'autre
Avec nos ailes dchausses
D'anges haussant les paules ?
Qu'avions-nous survol gauchement
A chaque nuit sans sommeil ?
QuĠavions-nous espr
De ces marchands de trouvailles ?
QuĠavions-nous rv
Aux pieds de ce mur de sparation ?
Rous de coups de chance
Pieds et poings lis lĠtrave
Accords tnus faonns par mgarde
Quelles mes nouvelles voulions-nous engendrer ?
Quels coups de thtre avions-nous attendus ?
Tout cet or bouillant gaspill la hte
Tout ce minerai charg dos de mules
Tous ces dsirs nous lĠpine dorsale
Toute cette haine de mridiens invisibles
Qui traversent bahis les parterres
DĠun jardin effleur par le souffle
Lointain dĠorages vnneux
...

... Lorsque le Dieu de colre
Aura rompu ses chaines
Je tĠattendrai aux croisements
De ses flans de pierre
De ces remparts qui reviennent de loin
Comme le sculpteur qui risqua
Cent fois son immortalit
Ton souvenir revenu d'un voyage mchant
Qui comprend tout de la passion oublie
Ce livre chimique et vertigineux
Qui sait tout de la multiplication des corps
Je tĠattendrai dans ce lit dĠallgeance
lev dans l'air suffocant de la chambre
Dans ce monde opaque
O nous perdions connaissance
Serrs l'un contre l'autre
Ce lit qui brle encore en nous
Qui consume l'odeur du dsir
Cet ouvrage paisible
O je cherchais refuge autrefois
Ce navire dress la frontire
De tout ce que tu as fait
Et que tu ne feras plus...

... Cette prsence qui reste toujours
En moi
Comme un bien-tre automnal
Comme une empreinte rtinienne
Glisse entre les lvres du prcipice
O la vie vacillante du doute rugit
Cet objet de tendresse recompos
Ce lieu de l'union furieuse
O j'ai conclu un pacte
Avec l'obscure sensation
De l'autre qui devient l'autre...
... Nom indivisible et retentissant
Je t'ai donn un grade dans mon arme
J'ai dcid de ton invincibilit
Dans ce monde opaque
O je m'puise
Pour une ternit encore
Ce dsir, victoire du plaisir tardif
Sans cesse renaissant
Dans la pnible soif d'exister
Monde opaque qui divise les tres
La cime des miroirs
de la vie
Qui passe sous la porte
Et brille fabuleusement...

... Ces moments si rares
Que nous emes tant de peine
Ë dchiffrer
Toi sous la lucarne qui rvait
De lĠenfant abandonn
Dans sa tour de pierre
Moi pench sur les astres
Rvant de l'intime dure
Du fond de lĠespace
Depuis le vase constell du porteur dĠeau
JusquĠaux lvres de la vierge errante
Ces routes fragiles parcourues
A grand peine
A corps perdu
A lĠinsu de nos songes de parcimonie
Ces moments qui nous suivent
Et nous contournent maintenant
A perte de vue
Couvrant lĠhorizon carlate
De triptyques chamoiss...
... Tous nos gmissements de ftes foraines
Ces respirations souterraines de l'amour
Ces moments complices
Nous aux deux bouts
Lancs dans la course des essieux

Le temps quadrill sans relche
A lĠaffut du moindre frisson
Avec ses pentagrammes illisibles...
... Des semaines et des jours
DĠclairs oublis
Des moments de floraison galante
Gravs dans la paume dĠune main
La main retenue des moments
Cousus sur nos lvres durcies
Qui retiennent leurs paradoxes
Et offrent leur dmesure
Au moindre gmissement tardif
La flicit dĠune vie fugitive
Ces carcans accoupls
Ces corps momentans
Couchs nĠimporte o
Sur le sol
Dans les tombeaux pills
Les interstices sales
Les crevasses boueuses
Gotant le suc des arbres
Ces corps de prludes
Au rgne de la nature invisible...

... Seuls comme deux enclumes
Sous la pluie battante
Battant le soc extnu de la vie opaque
Ces moments de douleur qui se htent
Ces moments de conspiration btarde
Qui sĠemparent de nous
Dans notre mort troite
Sans fondations
En des cieux o la chair aspire
A plus dĠhumanit...
... Et je n'ai plus
aim le monde.
Mais toi, sombre comme hier
Et lĠovale joyeux
De tes clavicules tremblantes
JĠai mis mal
Le souvenir de nos incendies
De nos ligatures
De ton ventre hant
Par les esprits du marais
Dans un miroitement de songes acides

De plaies ruisselantes
Toujours et partout
Le cantique effrayant de l'offrande
De l'autre l'autre
De l'autre pour l'autre
De l'autre dans l'autre
Amoureux qui s'effondrent pantois
Au creux dĠune peur partage
S'immolant dans le feu
Pour se terrer plus bas
puisant la maigreur de la soif
Les hanches soudes dans
LĠenclos de leurs bats
Humides de vie
LĠamour qui tourne tel une hlice
La volupt froce de l'ternit
Qui renouvelle sa peau
Et le serment initial de la passion
Mutation de gestes recomposs
Alors dans cet amour caudal
Est-ce toi encore
Ou l'autre qui prend ma place
Ce malandrin infernal
Qui se joue de tout ...

... Il partira. Elle partira.
Emportant le grand signe
Du vivant dans leur mouvement
Roues d'o le pouvoir de l'invisible
Racontera la chute
De ceux qui sont vaincus
Par tous leurs jours de noces
Et les passants la porte
Feront des signes
Et les parterres dlaisss de leurs fleurs
Et les statues ples
Comme des taches de clart futile
lveront leurs corps jusqu' leurs bouches
Humant leur lointaine prsence
Racontant tous
La dfaite de leur perfection
La douleur de l'homme en ruine
L'homme us
Qui tourne le dos la mer
Qui veille sur ton nom vertigineux
Le chapeau du vainqueur
L'amant clbre la cape de velours
LĠamant d'une dernire vie
Qui crie dsormais dans la nuit
Et illumine de son sourire
Cette clart infinie
Jusque dans la rage de vivre
Et la haine s'installant d'un coup sec

Frapp l'arrire
Comme un coup de massue
Sur ta nuque divine ...
... Je fuis la lumire matinale
Cette apothose amre
Dont le reflet blouissant
Parcourt la chambre
A la recherche d'un consentement
D'un mouchoir mouill d'eau moite
Petites veinules rouge sang
Marbrures surgissant de ta peau
Dans un dernier gmissement
Dans le sillage bref des adieux
Qui m'ont fait rire jusqu' l'aube
Agonisant dans les bras de ta pauvret...
... J'ai vu le buisson ardent couvert
de plaies
Les racines gourmandes sous ton feuillage
J'ai senti la faim monter de ta bouche
La sve opulente rouler ses tambours

Ce panier d'amandes amres
Sems entre tes jambes
Et l'arbre divis des plaintes et des soupirs
Au long des parois solitaires que mes doigts
Tapissent d'obscurit tacite
A la frontire des flammes et des feux
Qu'on voit blanchir
Dans un cri de haine dguise
Qui ranime la force de ton lignage
Le vaste piderme de ta langueur
O me mne le priple
Cette rondeur qui sĠacharne
A recouvrir de miel
Des morsures cousues jusqu'au sang
Prmisses d'une science majeure...
... Je quitte tes formes nourricires
Inassouvi, jĠexcute tes derniers ordres
Je laisse dĠautres ton odeur mariale
Et tes colliers dĠambre
Tes serpentaires drouls
Je laisse mes ennemis
Tes treintes et la bruyante cit des danseurs
Qui trnent ingals aux clairires de ta voix
Je leur laisse tes couplets fertiles

La partition inacheve qui monte
De ta joie cumante
Et bondit vers le soleil
Cette membrure
minrale
Ta gorge sauvage
Compagne sonore
De mon ardente dmission
JĠhabiterai loin sous tes rides
JĠhabiterai ta poitrine
Dans la douceur de
ton me prospre
Tes plaines rousses
Et tes vallons printaniers
JĠhabiterai lĠavant de la blessure
O les barques sĠchouent ralenties
A lĠheure aimante
Au chant fausset du carillon
Dans le nouvel ocan
Au cÏur de lĠhorloge fidle
De notre amour
Qui est le front de l'oubli
JĠhabiterai le sommeil des aiguilles
Je quitterai cette parent ahurissante
Et refermerai la porte
Avec tant de prcautions
Sur l'enjeu de ces merveilles enfouies...

... Il me semble que tu parles
Dans un murmure
Lorsque je baisse les yeux
Vers le lac dĠeau douce
O vit le cÏur des dsesprs
Ces corps et ces mes
Tombs sans bruit
Sur la berge de leur amour
Il me semble que ta voix
Rsonne dans la plainte guerrire
Des amants surpris au rveil
Que tu recherches encore
La douleur mystrieuse et intacte
Qui sommeille au creux du plaisir
Offrant tes yeux
Couverts de braises mourantes
A ce dsordre pouvantable
A cet accouplement de feuilles mortes...
... Comme les chevaux puiss
Qui tendent leurs ventres
Gonfls d'air et de liquides
Vers le ciel de leur soif ternelle...

... Cette alliance troite
Glisse par inadvertance
Dans une main rompue
La femme ultime et dernire
A deux doigts de la mort
Et il me semble que cette vie opaque
Est une tendue hostile
Plus vaste que le fond dĠun canal
Une attente projete sur le vert sombre
Du crpuscule des choses
Il me semble que tu tĠloignes
Avec les gondoles de courtisanes
Glissant souterraines
Surgissant dĠun miroir suspendu
Au dessus de nos ttes
Dans ces deux crnes briss
O le vent souffle par rafales
Ce catalogue vasculaire des gestes anciens
De nos valses impromptues
De nos masques dĠapparat
Nous deux
Aimant pour toujours...

... Lentement
Sans effort
Sans but et sans joie
Dans cette union leve pic
Singulier prcipice
Qui ne fut quĠaccouplement
Sous les lierres gants
Qui dmantlent les nuages
De leurs clairs argents...
... Et par instants toute rumeur cesse
Le sang s'panche plus librement
La prsence souveraine du temps
Reprend sa place perdue
Dans la chair inassouvie
Le temps apprivois
Guidant des convois dĠossuaires
Mimant les costumes les lambris
Arrachs par nos prires
A la mesure magique de Dieu
Les heures rougies passes aimer
Qui nous servent dĠaptres
Et veillent au chevet des cierges
Le prix payer pour lĠautomne
DĠun monde qui se refait

A reculons
Par mgarde
La ranon de lĠivresse passagre
La tendresse renverse
Comme un lutteur terre
O sĠallumerait la force soudaine
De lĠarbre Adamique
La main du combattant qui tremble
Brise le serment
Tel Judas Iscariote
Un geste,
Un mouvement du corps
Le dernier sans doute
Dans la puissance de la faute
Une treinte raconte aux gnrations
Qui empliront de leurs grondements
Des bataillons de rves
Egars mais miraculeux
Le mal merveilleux dploy enfin
Le mal devenu lĠarc tendu dĠune fin
Prmonitoire
Le mal
tendard de lĠamour
Traversant au galop la matire premire
La dmarcation du monde opaque
Ce mauvais prsage enfant
Dans un sommeil incestueux
Ce lutteur qui tremble dans le sang tide

DĠune blessure immortelle
Ce lutteur genoux
Qui s'empare de ton ventre
Puis dĠun revers de fortune
Puis dĠune conspiration funeste
Se jette sur nous
Et prcipite dans lĠennui
Le Sacrement malencontreux
Qui hantait nos nuits dĠabandon...
... Dehors, les rves deviennent cendres
Et le paysage dĠautrefois
S'enroule dans la nuit
Avec sa robe noire
Dehors la ville brle Intemporelle
A la lumire des phares
Dans sa profondeur mouille
O palpitent des fuyards impatients
Au bout du monde opaque
Dans ce corps qui se resserre un peu
Sous les caresses d'un animal princier
Dans les volutes de tes cheveux
O rgne le ruban fleuri
De la sduction vieillie
Je vois renaitre les sourires jaloux
Que je ne connaissais plus
Une inconnue joue du piano

Dans le dsordre des armoires
Une lampe sĠallume au dtour des ruelles
Un journal froiss et ta photo
Que je glisse dans ma poche
Presque machinalement
Comme un voleur fatigu
Comme si j'allais un jour
Sortir de l'ombre porte de lĠastre nocturne
LĠidole lumineuse et magique
Qui rouvrirait le monde effac
De ce que nous avons crit
Et reni par mgarde...
...Couche entre les pages du livre
Ta mmoire sĠaccommode
De lĠtendue glaciale
Qui rgne sur ces tendues
LĠalphabet de la lumire
SĠinvente un secret
La moindre des critures
Devient fragment de crainte
Quelques mots occultes
Luisent faiblement
Dans un air sans contrainte
Loin des grands nombres

Deux existences griffonnes
En marge dĠun amour dvot
Deux existences
Marbres de face face
De conqutes phmres
Le corps de lĠhiver des signes
Tel une vierge
grenant des syllabes magiques
Des cris de malheur
Deux perdants magnifiques
Qui regardent le suaire
Fuyant de la mort manuscrite
Et cĠest cela qui nous ronge
Cette douleur si particulire
Ces prires inconnues
Qui approchent
Et se tendent
Vers le sommet du monde
O rfugie parmi les anges
Tu oublies de respirer...
... Tu sais que je ne voudrais pas avoir de rancÏur
Mais la rancÏur monte insoluble
Des profondeurs de ma mmoire
Tu sais que je la chasse avec ma bont

Mais la rancÏur a des ailes immenses
Et son corps s'tend sur moi
A ta poursuite
C'est pour cela que tu ne me verras plus
Cette nuit, comme jadis
Comme avant le dluge
Accoud la table
Attendant ton retour
Et tes feux de broussailles
Oui, je suis devenu amer du jour au lendemain...
... Pour tous ceux qui viendront se reposer
Comme toi maintenant
Dans ce coffret aux serrures de fer
Pour tous ceux qui viendront s'tendre
Les jours de malheur
Prs de moi dans la poussire des mes
Dans l'odeur du monde bien rang
Sur le tissu tmoin
De nos saisons concentriques
Cette jupe souleve une dernire fois
Releve au sommet
D'un monde sans dimension
Ton got de vin sucr

Ton got brutal de sueur alourdie
L'ordonnance pieuse de tes jambes
Qui se dfont et ouvrent leur portail
La rose pine au bas de ta cheville
Le tendon dsaccord
Egar au creux de lĠaine
Avec ses remparts sals
L'ornement malfique et rouge
Qui entoure ta bouche
Et les courbes de tes hanches qui se perdent
Dans la crypte des secrets enfouis
Je garderai lĠessentiel dans ma fuite
Mes lunettes brises et ma vieille charpe
JĠai la photo de nos aeux
La place est grande bien assez
Pour deux fruits assoiffs
Desserre les doigts
Dnude-toi
Saoulons-nous
Mon invention ternelle
Viens
Mon cadeau vibrant du monde assoupi...
...La mer se spare du rivage
Le navire s'loigne
du quai
L'ombre se spare de la lumire

L
La nuit s'loigne du jour
L'oiseau s'loigne de son chant
Pour qu'un violon jaillisse
La pluie quitte l'orage
Pour le flocon d'hiver
Tes cheveux quitteront ta nuque
Pour mes doigts
La joie jaillira de tes reins
Pour mes hanches
Tes cris quitteront ton ventre
Pour mes lvres
Les larmes oublieront tes yeux
Pour mes paupires
La douleur quittera tes os
Pour ma peau
Nous quitterons le monde sans frmir
Nous suivrons la crue ancestrale
Le dsir doit oublier le corps
Le dsir cicatrice de lĠabsence
Cette chair moite qui sĠunit
Par secousses aurorales
A l'chancrure de ta poitrine
Cette douleur qui monte lĠembrasure
Encore et descend encore
Au rythme de la puissance inconnue
Qui habite le secret de l'homme
Je ne courberai plus l'chine

A lĠangle de notre amour...
...La blancheur fait dfaut cette Lancinante agonie
Ces deux fleurs rouges qui sont du sang
Gardent en moi le reflet pourpre
Ces fruits imperceptibles
L'apparition dĠune main
Fine et tremblante
Qui me guida infirme
Au devant de l'oracle
Face l'invisible interrogation du noir
Je prie pour ceux qui hantent
Le corps de lĠocan ruin
Je peins leurs habits de sel et de houles
J'cris sur leurs brisants tant de fois dlaves Par les
bourrasques
Et lĠincendie sous marin qui agitait nos corps.
La fume sur les vitres du ciel
Caresse longuement ton front
Je me retourne et m'endors
Sur les malles de ces voyageurs puiss
Qui survivront pourtant
Et reviendront chaque hiver
L o blessure tranchante

Gt le radeau abandonn
C'est notre voyage incertain
Qui fit notre voyage...
...C'est le calme
Maintenant
Et elle dira c'est vraiment le calme
C'est l'automne
Et elle dira c'est vraiment l'automne
C'est le dpart
Et elle pensera
C'est vraiment le dpart
La porte silencieuse
S'ouvrira lĠenvers des douleurs
Des menaces enfouies
C'est la clef qui se tourne
CĠest un livre quĠon recouvre
De pommes et de fruits secs
Un drap nuptial repli
Tous les livres quĠon oublie
Les mots sur des feuillets hagards
Cherchant le sommeil qui ne viendra pas
L'encre de l'crivain qui attend la plume
Mais l'crivain ne viendra
Alors elle sĠendormira vraiment

Et cĠest le calme
Car les trains ne passeront plus ici
Et elle regarde en direction de l'horloge
Mais lĠhorloge a disparu
Dans le calme d'une ternit
Que trouble peine
Le glissement de la foule dehors
Qui passe et sĠteint
SĠgrne comme un chapelet
C'est le calme et elle comprend.
Le vent sur les toits.
Le calme et la lumire.
La lumire sans but.
La lumire pour la lumire...
... La douleur qui s'tait glisse sous l'corce,
Recula d'un degr vers l'est du corps des Hommes...