Le monde opaque

 

Avril 2008

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Du mme auteur

 

La Gloire Amoureuse                                      chez ChloŽ des Lys

 

 

Couverture et photos : Plasschaert Daniel

Avec la participation de Marie Loiseau pour les photos

PLASSCHAERT DANIEL

 
Text Box: LE MONDE OPAQUE mplssssssPlasschaert Daniel

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

... Nous nous sommes rencontrŽs

Sur le fil du tŽlŽgraphe

Un jour

Il y a de cela

Le temps d'une embuscade

Comme deux oiseaux alignŽs

Sur les lignes de faite

De leurs migrations

Deux otages

Qui se balancent

DŽsormais

Dans le vide

Des fleurs et des chants

Leurs plumes

JetŽs en bataillons

Qui germent silencieux

A l'abri du ciel gelŽ

A l'abri des ailes

Bleues de glace

Du ciel d'hiver

Lˆ o ils se sont rencontrŽs ...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

... J'ai hissŽ armes et bagages ˆ ta hauteur

A hauteur dĠun amour

Qui ne se quitterait pas

Voit ce qui reste de nos pas

Regarde la boue sŽchŽe sur nos talons

Ecoute le battement grave

Des allŽes et venues du destin

Entre Ïil et bat

Jouant aux dŽs les paysages du papier Peint...

 

 

 

... Regarde la clef sur la porte

Le rŽduit qui s'ouvre

A lĠarrire de tes Žpaules

Le rŽduit familier

O tu entrais courbŽe

Jour aprs jour

Pour gožter au silence

De la poussire endormie

Regarde le sol

Entre les pages du livre apocryphe

De notre vie

Le rŽduit cirŽ aux odeurs dĠabeilles

O tu entrais vaincue

Nuit aprs nuit

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour gožter rŽsignŽe

Au culte de la reddition

Le rŽduit sŽculier

O tu vivais lĠhypnose

des souvenirs

ƒpinglŽs vice et versa

Sur les vestiges

De nos ultimes pas de deux

Cette existence vŽcue

Vacillante et singulire

A simuler des chants

De murnes

Syllabes vespŽrales

MŽlopŽes heurtant de leurs rimes

Les hŽros captifs et sanglants

De notre histoire

Qui Žtreignent immobiles

A la lisre de la mŽmoire

Le cercle perpŽtuel

Du recommencement...

 

 

 

...Qu'est devenu le bateau minuscule

Et ses voiles blanches

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Qui voguait libre sur l'Žtagre bancale ?

Les figurines de mariniers

A la fentre du phare ?

Que sont devenues les statuettes

Des mariŽs de cire

TŽmoins de notre premier sommeil

Ont-elles disparu

Au lieu de l'ultime combat

Ont-elles feint le rŽpit

Ou sont-elles par transes

Devenues

Figures de colre

Visages de cordes

D'o nos voix paraissent jaillir

Renaissantes dans l'Žclat

Furtif des bougies allumŽes

Des bouteilles brisŽes... 

 

... Ces miroirs tranchants

Ces coupures instantanŽes

Surgies ˆ l'insu de nos lvres

Ces mille tessons de lumire

Vertbres de nos ombres 

Et de nos corps

Pendus aux portes manteaux

Arrires gardes d'un rouet meurtrier

DŽsignant d'un doigt raide

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Somnolant sous la cendre

Les choses aimŽes...

 

... Nos talismans natifs

Objets nuptiaux

Que ne protge plus ˆ l'aube

Le drapeau couronnŽ

De nos nuits toujours craintes

Sans cesse dŽfigurŽes

Gerures cŽlestes

A la pointe des mats ...

 

 

... Telle la nappe sur la table

Au lieu de la dernire Žclipse

Qui nous emporta dans ses rayons obscurs

Comme le lien indŽfini

A la racine de nos serments

Ce voile qui glisse encore ˆ cette heure

Vers la limite du vide

Avec ses plats de cuivre

Et ses corbeilles fleuries

Comme la chaise renversŽe

Pleurant son repos.

Et ce soleil jaune en fresque sur le sol

ƒclairant inutile et fuyard

Le souvenir des premiers rires

Plus joyeux qu'un lait dĠagneau...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

... Qu'avions-nous imaginŽ l'un de l'autre 

Avec nos ailes dŽchaussŽes

D'anges haussant les Žpaules ?

Qu'avions-nous survolŽ gauchement

A chaque nuit sans sommeil ?

QuĠavions-nous espŽrŽ

De ces marchands de trouvailles ?

QuĠavions-nous rvŽ

Aux pieds de ce mur de sŽparation ?

RouŽs de coups de chance

Pieds et poings liŽs ˆ lĠŽtrave

Accords tŽnus faonnŽs par mŽgarde

Quelles ‰mes nouvelles voulions-nous engendrer ?

Quels coups de thމtre avions-nous attendus ?

Tout cet or bouillant gaspillŽ ˆ la h‰te

Tout ce minerai chargŽ ˆ dos de mules

Tous ces dŽsirs nouŽs ˆ lĠŽpine dorsale

Toute cette haine de mŽridiens invisibles

Qui traversent Žbahis les parterres

DĠun jardin effleurŽ par le souffle

Lointain dĠorages vŽnŽneux  ...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

... Lorsque le Dieu de colre

Aura rompu ses chaines

Je tĠattendrai aux croisements

De ses flans de pierre

De ces remparts qui reviennent de loin

Comme le sculpteur qui risqua

Cent fois son immortalitŽ

Ton souvenir revenu d'un voyage mŽchant

Qui comprend tout de la passion oubliŽe

Ce livre chimique et vertigineux

Qui sait tout de la multiplication des corps

Je tĠattendrai dans ce lit dĠallŽgeance

ƒlevŽ dans l'air suffocant de la chambre

Dans ce monde opaque

O nous perdions connaissance

SerrŽs l'un contre l'autre

Ce lit qui bržle encore en nous

Qui consume l'odeur du dŽsir

Cet ouvrage paisible

O je cherchais refuge autrefois

Ce navire dressŽ ˆ la frontire

De tout ce que tu as fait

Et que tu ne feras plus...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

... Cette prŽsence qui reste toujours

En moi

Comme un bien-tre automnal

Comme une empreinte rŽtinienne

GlissŽe entre les lvres du prŽcipice

O la vie vacillante du doute rugit

Cet objet de tendresse recomposŽ

Ce lieu de l'union furieuse

O j'ai conclu un pacte

Avec l'obscure sensation

De l'autre qui devient l'autre...

 

... Nom indivisible et retentissant

Je t'ai donnŽ un grade dans mon armŽe

J'ai dŽcidŽ de ton invincibilitŽ

Dans ce monde opaque

O je m'Žpuise

Pour une ŽternitŽ encore

Ce dŽsir, victoire du plaisir tardif

Sans cesse renaissant

Dans la pŽnible soif d'exister

Monde opaque qui divise les tres

La cime des miroirs  de la vie

Qui passe sous la porte

Et brille fabuleusement...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

... Ces moments si rares

Que nous ežmes tant de peine

Ë dŽchiffrer

Toi sous la lucarne qui rvait

De lĠenfant abandonnŽ

Dans sa tour de pierre

Moi penchŽ sur les astres

Rvant de l'intime durŽe

Du fond de lĠespace

Depuis le vase constellŽ du porteur dĠeau

JusquĠaux lvres de la vierge errante

Ces routes fragiles parcourues

A grand peine

A corps perdu

A lĠinsu de nos songes de parcimonie

Ces moments qui nous suivent

Et nous contournent maintenant

A perte de vue

Couvrant lĠhorizon Žcarlate

De triptyques chamoisŽs...

 

... Tous nos gŽmissements de ftes foraines

Ces respirations souterraines de l'amour

Ces moments complices

NouŽs aux deux bouts

LancŽs dans la course des essieux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le temps quadrillŽ sans rel‰che

A lĠaffut du moindre frisson

Avec ses pentagrammes illisibles...

 

 

 

... Des semaines et des jours

DĠŽclairs oubliŽs

Des moments de floraison galante

GravŽs dans la paume dĠune main

La main retenue des moments

Cousus sur nos lvres durcies

Qui retiennent leurs paradoxes

Et offrent leur dŽmesure

Au moindre gŽmissement tardif

La fŽlicitŽ dĠune vie fugitive

Ces carcans accouplŽs

Ces corps momentanŽs

CouchŽs nĠimporte o

Sur le sol

Dans les tombeaux pillŽs

Les interstices sales

Les crevasses boueuses

Gožtant le suc des arbres 

Ces corps de prŽludes

Au rgne de la nature invisible...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

... Seuls comme deux enclumes

Sous la pluie battante

Battant le soc extŽnuŽ de la vie opaque

Ces moments de douleur qui se h‰tent

Ces moments de conspiration b‰tarde

Qui sĠemparent de nous

Dans notre mort Žtroite

Sans fondations

En des cieux o la chair aspire

A plus dĠhumanitŽ...

 

 

 

...  Et je n'ai plus aimŽ le monde.

Mais toi, sombre comme hier

Et lĠovale joyeux

De tes clavicules tremblantes

JĠai mis ˆ mal

Le souvenir de nos incendies

De nos ligatures

De ton ventre hantŽ

Par les esprits du marais

Dans un miroitement de songes acides

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De plaies ruisselantes

Toujours et partout

Le cantique effrayant de l'offrande

De l'autre ˆ l'autre

De l'autre pour l'autre

De l'autre dans l'autre

Amoureux qui s'effondrent pantois

Au creux dĠune peur partagŽe

S'immolant dans le feu

Pour se terrer plus bas

ƒpuisant la maigreur de la soif

Les hanches soudŽes dans

LĠenclos de leurs Žbats

Humides de vie

LĠamour qui tourne tel une hŽlice

La voluptŽ fŽroce de l'ŽternitŽ

Qui renouvelle sa peau

Et le serment initial de la passion

Mutation de gestes recomposŽs

Alors dans cet amour caudal

Est-ce toi encore

Ou l'autre qui prend ma place

Ce malandrin infernal

Qui se joue de tout ...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

... Il partira. Elle partira.

Emportant le grand signe

Du vivant dans leur mouvement

Roues d'o le pouvoir de l'invisible

Racontera la chute

De ceux qui sont vaincus

Par tous leurs jours de noces

Et les passants ˆ la porte

Feront des signes

Et les parterres dŽlaissŽs de leurs fleurs

Et les statues p‰les

Comme des taches de clartŽ futile

ƒlveront leurs corps jusqu'ˆ leurs bouches

Humant leur lointaine prŽsence

Racontant ˆ tous

La dŽfaite de leur perfection

La douleur de l'homme en ruine

L'homme usŽ

Qui tourne le dos ˆ la mer

Qui veille sur ton nom vertigineux

Le chapeau du vainqueur

L'amant cŽlbre ˆ la cape de velours

LĠamant d'une dernire vie

Qui crie dŽsormais dans la nuit

Et illumine de son sourire

Cette clartŽ infinie

Jusque dans la rage de vivre

Et la haine s'installant d'un coup sec

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

FrappŽ ˆ l'arrire

Comme un coup de massue

Sur ta nuque divine ...

 

 

... Je fuis la lumire matinale

Cette apothŽose amre

Dont le reflet Žblouissant

Parcourt la chambre

A la recherche d'un consentement

D'un mouchoir mouillŽ d'eau moite

Petites veinules rouge sang

Marbrures surgissant de ta peau

Dans un dernier gŽmissement

Dans le sillage bref des adieux

Qui m'ont fait rire jusqu'ˆ l'aube

Agonisant dans les bras de ta pauvretŽ...

 

 

 

 

 

... J'ai vu le buisson ardent couvert de plaies

Les racines gourmandes sous ton feuillage

J'ai senti la faim monter de ta bouche

La sve opulente rouler ses tambours

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce panier d'amandes amres

SemŽs entre tes jambes

Et l'arbre divisŽ des plaintes et des soupirs

Au long des parois solitaires que mes doigts

Tapissent d'obscuritŽ tacite

A la frontire des flammes et des feux

Qu'on voit blanchir

Dans un cri de haine dŽguisŽe

Qui ranime la force de ton lignage

Le vaste Žpiderme de ta langueur

O me mne le pŽriple

Cette rondeur qui sĠacharne

A recouvrir de miel

Des morsures cousues jusqu'au sang

PrŽmisses d'une science majeure...

 

 

 

 

... Je quitte tes formes nourricires

Inassouvi, jĠexŽcute tes derniers ordres

Je laisse ˆ dĠautres ton odeur mariale

Et tes colliers dĠambre

Tes serpentaires dŽroulŽs

Je laisse ˆ mes ennemis

Tes Žtreintes et la bruyante citŽ des danseurs

Qui tr™nent inŽgalŽs aux clairires de ta voix

Je leur laisse tes couplets fertiles

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La partition inachevŽe qui monte

De ta joie Žcumante

Et bondit vers le soleil

Cette  membrure minŽrale

Ta gorge sauvage

Compagne sonore

De mon ardente dŽmission

JĠhabiterai loin sous tes rides

JĠhabiterai ta poitrine

Dans  la douceur de ton ‰me prospre

Tes plaines rousses

Et tes vallons printaniers

JĠhabiterai ˆ lĠavant de la blessure

O les barques sĠŽchouent ralenties

A lĠheure aimante

Au chant fausset du carillon

Dans le nouvel ocŽan

Au cÏur de lĠhorloge fidle

De notre amour

Qui est le front de l'oubli

JĠhabiterai le sommeil des aiguilles

Je quitterai cette parentŽ ahurissante

Et refermerai la porte

Avec tant de prŽcautions

Sur l'enjeu de ces merveilles enfouies...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

... Il me semble que tu parles

Dans un murmure   

Lorsque je baisse les yeux

Vers le lac dĠeau douce

O vit le cÏur des dŽsespŽrŽs

Ces corps et ces ‰mes

TombŽs sans bruit

Sur la berge de leur amour

Il me semble que ta voix

RŽsonne dans la plainte guerrire

Des amants surpris au rŽveil

Que tu recherches encore

La douleur mystŽrieuse et intacte

Qui sommeille au creux du plaisir

Offrant tes yeux

Couverts de braises mourantes

A ce dŽsordre Žpouvantable

A cet accouplement de feuilles mortes...

 

 

... Comme les chevaux ŽpuisŽs

Qui tendent leurs ventres

GonflŽs d'air et de liquides

Vers le ciel de leur soif Žternelle...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

... Cette alliance Žtroite

GlissŽe par inadvertance

Dans une main rompue

La femme ultime et dernire

A deux doigts de la mort

Et il me semble que cette vie opaque

Est une Žtendue hostile

Plus vaste que le fond dĠun canal

Une attente projetŽe sur le vert sombre

Du crŽpuscule des choses

Il me semble que tu tĠŽloignes

Avec les gondoles de courtisanes

Glissant souterraines

Surgissant dĠun miroir suspendu

Au dessus de nos ttes

Dans ces deux cr‰nes brisŽs

O le vent souffle par rafales

Ce catalogue vasculaire des gestes anciens

De nos valses impromptues

De nos masques dĠapparat

Nous deux

Aimant pour toujours...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

... Lentement

Sans effort

Sans but et sans joie

Dans cette union ŽlevŽe ˆ pic

Singulier prŽcipice

Qui ne fut quĠaccouplement

Sous les lierres gŽants

Qui dŽmantlent les nuages

De leurs Žclairs argentŽs...

 

 

 

... Et par instants toute rumeur cesse

Le sang s'Žpanche plus librement

La prŽsence souveraine du temps

Reprend sa place perdue

Dans la chair inassouvie

Le temps apprivoisŽ

Guidant des convois dĠossuaires

Mimant les costumes les lambris

ArrachŽs par nos prires

A la mesure magique de Dieu

Les heures rougies passŽes ˆ aimer

Qui nous servent dĠap™tres

Et veillent au chevet des cierges

Le prix ˆ payer pour lĠautomne

DĠun monde qui se refait

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A reculons

Par mŽgarde

La ranon de lĠivresse passagre

La tendresse renversŽe

Comme un lutteur ˆ terre

O sĠallumerait la force soudaine

De lĠarbre Adamique

La main du combattant qui tremble

Brise le serment

Tel Judas Iscariote

Un geste,

Un mouvement du corps

Le dernier sans doute

Dans la puissance de la faute

Une Žtreinte racontŽe aux gŽnŽrations

Qui empliront de leurs grondements

Des bataillons de rves

EgarŽs mais miraculeux

Le mal merveilleux dŽployŽ enfin

Le mal devenu lĠarc tendu dĠune fin

PrŽmonitoire

Le mal

ƒtendard de lĠamour

Traversant au galop la matire premire

La dŽmarcation du monde opaque

Ce mauvais prŽsage enfantŽ

Dans un sommeil incestueux

Ce lutteur qui tremble dans le sang tide

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DĠune blessure immortelle

Ce lutteur ˆ genoux

Qui s'empare de ton ventre

Puis dĠun revers de fortune

Puis dĠune conspiration funeste

Se jette sur nous

Et prŽcipite dans lĠennui

Le Sacrement malencontreux

Qui hantait nos nuits dĠabandon...

 

 

... Dehors, les rves deviennent cendres

Et le paysage dĠautrefois

S'enroule dans la nuit

Avec sa robe noire

Dehors la ville bržle Intemporelle

A la lumire des phares

Dans sa profondeur mouillŽe

O palpitent des fuyards impatients

Au bout du monde opaque

Dans ce corps qui se resserre un peu

Sous les caresses d'un animal princier

Dans les volutes de tes cheveux

O rgne le ruban fleuri

De la sŽduction vieillie

Je vois renaitre les sourires jaloux

Que je ne connaissais plus

Une inconnue joue du piano

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans le dŽsordre des armoires

Une lampe sĠallume au dŽtour des ruelles

Un journal froissŽ et ta photo

Que je glisse dans ma poche

Presque machinalement

Comme un voleur fatiguŽ

Comme si j'allais un jour

Sortir de l'ombre portŽe de lĠastre nocturne

LĠidole lumineuse et magique

Qui rouvrirait le monde effacŽ

De ce que nous avons Žcrit

Et reniŽ par mŽgarde...

 

 

 

...CouchŽe entre les pages du livre

Ta mŽmoire sĠaccommode

De lĠŽtendue glaciale

Qui rgne sur ces Žtendues

LĠalphabet de la lumire

SĠinvente un secret

La moindre des Žcritures

Devient fragment de crainte

Quelques mots occultes

Luisent faiblement

Dans un air sans contrainte

Loin des grands nombres

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Deux existences griffonnŽes

En marge dĠun amour dŽvot

Deux existences

MarbrŽes de face ˆ face

De conqutes ŽphŽmres

Le corps de lĠhiver des signes

Tel une vierge

ƒgrenant des syllabes magiques

Des cris de malheur

Deux perdants magnifiques

Qui regardent le suaire

Fuyant de la mort manuscrite

Et cĠest cela qui nous ronge

Cette douleur si particulire

Ces prires inconnues

Qui approchent

Et se tendent

Vers le sommet du monde

O rŽfugiŽe parmi les anges

Tu oublies de respirer...

 

 

 

... Tu sais que je ne voudrais pas avoir de rancÏur

Mais la rancÏur monte insoluble

Des profondeurs de ma mŽmoire

Tu sais que je la chasse avec ma bontŽ

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais la rancÏur a des ailes immenses

Et son corps s'Žtend sur moi

A ta poursuite

C'est pour cela que tu ne me verras plus

Cette nuit, comme jadis

Comme avant le dŽluge

AccoudŽ ˆ la table

Attendant ton retour

Et tes feux de broussailles

Oui, je suis devenu amer du jour au lendemain...

 

 

 

... Pour tous ceux qui viendront se reposer

Comme toi maintenant

Dans ce coffret aux serrures de fer

Pour tous ceux qui viendront s'Žtendre

Les jours de malheur

Prs de moi dans la poussire des ‰mes

Dans l'odeur du monde bien rangŽ

Sur le tissu tŽmoin

De nos saisons concentriques

Cette jupe soulevŽe une dernire fois

RelevŽe au sommet

D'un monde sans dimension

Ton gožt de vin sucrŽ

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ton gožt brutal de sueur alourdie

L'ordonnance pieuse de tes jambes

Qui se dŽfont et ouvrent leur portail

La rose Žpine au bas de ta cheville

Le tendon dŽsaccordŽ

EgarŽ au creux de lĠaine

Avec ses remparts salŽs

L'ornement malŽfique et rouge

Qui entoure ta bouche

Et les courbes de tes hanches qui se perdent

Dans la crypte des secrets enfouis

Je garderai lĠessentiel dans ma fuite

Mes lunettes brisŽes et ma vieille Žcharpe

JĠai la photo de nos a•eux

La place est grande bien assez

Pour deux fruits assoiffŽs

Desserre les doigts

DŽnude-toi

Saoulons-nous

Mon invention Žternelle

Viens

Mon cadeau vibrant du monde assoupi...

 

 

 

...La mer se sŽpare du rivage

Le navire s'Žloigne  du quai

L'ombre se sŽpare de la lumire

 

 

 

 

L

La nuit s'Žloigne du jour

L'oiseau s'Žloigne de son chant

Pour qu'un violon jaillisse

La pluie quitte l'orage

Pour le flocon d'hiver

Tes cheveux quitteront ta nuque

Pour mes doigts

La joie jaillira de tes reins

Pour mes hanches

Tes cris quitteront ton ventre

Pour mes lvres

Les larmes oublieront tes yeux

Pour mes paupires

La douleur quittera tes os

Pour ma peau

Nous quitterons le monde sans frŽmir

Nous suivrons la crue ancestrale

Le dŽsir doit oublier le corps

Le dŽsir cicatrice de lĠabsence

Cette chair moite qui sĠunit

Par secousses aurorales

A l'Žchancrure de ta poitrine

Cette douleur qui monte ˆ lĠembrasure

Encore et descend encore

Au rythme de la puissance inconnue

Qui habite le secret de l'homme

Je ne courberai plus l'Žchine

 

 

 

A lĠangle de notre amour...

 

 

 

...La blancheur fait dŽfaut ˆ cette Lancinante agonie

Ces deux fleurs rouges qui sont du sang

Gardent en moi le reflet pourpre

Ces fruits imperceptibles

L'apparition dĠune main

Fine et tremblante

Qui me guida infirme

Au devant de l'oracle

Face ˆ l'invisible interrogation du noir

Je prie pour ceux qui hantent

Le corps de lĠocŽan ruinŽ

Je peins leurs habits de sel et de houles

J'Žcris sur leurs brisants tant de fois dŽlavŽes Par les bourrasques

Et lĠincendie sous marin qui agitait nos corps.

La fumŽe sur les vitres du ciel

Caresse longuement ton front

Je me retourne et m'endors

Sur les malles de ces voyageurs ŽpuisŽs

Qui survivront pourtant

Et reviendront chaque hiver

Lˆ o blessure tranchante

 

 

 

 

 

G”t le radeau abandonnŽ

C'est notre voyage incertain

Qui fit notre voyage...

 

 

 

...C'est le calme

Maintenant

Et elle dira c'est vraiment le calme

C'est l'automne

Et elle dira c'est vraiment l'automne

C'est le dŽpart

Et elle pensera

C'est vraiment le dŽpart

La porte silencieuse

S'ouvrira ˆ lĠenvers des douleurs

Des menaces enfouies

C'est la clef qui se tourne

CĠest un livre quĠon recouvre

De pommes et de fruits secs

Un drap nuptial repliŽ

Tous les livres quĠon oublie

Les mots sur des feuillets hagards

Cherchant le sommeil qui ne viendra pas

L'encre de l'Žcrivain qui attend la plume

Mais l'Žcrivain ne viendra

Alors elle sĠendormira vraiment

 

 

 

Et cĠest le calme

Car les trains ne passeront plus ici

Et elle regarde en direction de l'horloge

Mais lĠhorloge a disparu

Dans le calme d'une ŽternitŽ

Que trouble ˆ peine

Le glissement de la foule dehors

Qui passe et sĠŽteint

SĠŽgrne comme un chapelet

C'est le calme et elle comprend.

Le vent sur les toits.

Le calme et la lumire.

La lumire sans but.

La lumire pour la lumire...

 

 

 

 

 

 

... La douleur qui s'Žtait glissŽe sous l'Žcorce,

Recula d'un degrŽ vers l'est du corps des Hommes...