La
gloire amoureuse
Plasschaert
Daniel
Illustrations
de lÕauteur
Editions
ChloŽ des Lys
Le
visage de Dieu m'est cachŽ
La
beautŽ m'est voilŽe
Alors,
pourquoi voudriez-vous que je sois heureux aujourd'hui..

I
Bonsoir facteur, vous avez bien meilleure
mine que la nuit prŽcŽdente.
Et ce courrier bien rangŽ dans votre sacoche,
votre serment de n'en plus lire une ligne.
Posez vos livres et buvons ˆ notre gloire.
Un Žclat de givre scintille entre vos doigts.
Le cuir de vos gants noirs est usŽ.
Sous la surface, l'air est saturŽ de mauvais
rves.
Dans ce quartier coronaire o nous demeurons
pour l'ŽternitŽ, le va et vient des passants
condamne nos pensŽes au recul volontaire des
saisons.
Facteur, vous et moi sommes ailleurs.
Nous sommeillons,
dans ces singuliers lendemains
d'o ne na”t aucune aube.
II
A l'heure dite, heure du renoncement, il
dŽposa son jeu de cartes dans le tiroir de la vieille commode.
Ensuite, las de gouverner, souverain dans
l'Žchec,
le joueur m'avoua un secret.
Qui nous concerne toi et moi.
Qui vous concerne toi et lui.
Livre des voies passagres, de nos corps en
nombres et en signes.
Livre surgi ˆ la h‰te consumŽ ˆ la cime d'un
amour pensif et las.
Reliefs impassibles, gouverneurs du dŽsordre,
entourant l'Žcho de nos voix,
de rumeurs ŽtouffŽes
dans la cire bŽante de l'histoire.
Nous voici, attablŽs comme jadis et ailleurs,
mŽditant sur les temples brisŽs et leurs masques de bronze.
La vieille commode de bois noir.
Le pendule de cuivre dans son balancement de
chaises renversŽes.
A l'heure dite, il sortit de sa manche une
dernire carte, un jeu de passions
A l'heure dite il tira sur sa cigarette
bleue, aspira l'air froid de l'hiver.
Le temps s'inversa.
Dans l'encoignure de la porte,
ton visage p‰le qui le fixait jadis,
glissa sur la table o dormaient partagŽs
les corps des servants.
DŽrives troublantes,
tributs dŽdoublŽs de dŽcombres et
d'Žtreintes.
Inventions d'une vie dernire.
Souvenirs d'un jeu de figures,
figurines dispersŽes dans un soubresaut de mŽmoire.
L'espace s'Žvanouit.
Et l'angle de la pice repliŽ dans ses yeux,
se souvint d'une prŽsence.
PenchŽ vers l'avant, il glissa dans tes
bras.
Las de gouverner, il chercha dans ton corps
une demeure brutale.
Sous la lueur nocturne,
ˆ l'heure dite,
il fut premier ˆ t'aimer,
dernier ˆ unir dans un mme supplice,
le tissu immortel de tes songes
ˆ la course effrŽnŽe des astres.
Comme le grain de blŽ dans sa chute, la
semence inerte sur le champ de bataille, sans espoir de retour, il voulut
retenir d'une main tremblante un pan de ta robe.
Tu t'Žloignais dans un froissement de
plaintes et de souffles vers le royaume de DŽcembre.
A quoi bon pleurer encore.
A quoi bon pleurer encore,
Tu t'en iras comme je m'en suis allŽ.
A l'heure dite, je dŽposai avec soin un jeu
de cartes dans le tiroir de la vieille commode.
las de gouverner, souverain dans l'Žchec,
je
t'avouai un secret.
Qui nous concerne toi et moi.
Qui nous concerne toi et moi.
Ce joueur a plus de gloire dans ses yeux que
l'ancien Dieu dŽchu.
III
Il y a tant de choses insensŽes dans ma vie
et ce jour est pluvieux.
Une terre de mots irrŽversibles,
ŽclaboussŽe de tant de fins du monde.
Tant de morts, tant de princes qui foulrent
ce pays.
Je voudrais te revoir et revivre ce terrible
incident qui engendra notre mirage.
Il y a tant de clameurs,
tant d'honneur perdu sous ta robe
entrouverte.
Tant d'instruments dŽsaccordŽs dans cette
chambre, tant de globes terrestres inachevŽs.
Il y a tant de manuscrits couverts de
temptes,
tant de gŽnŽrations ouvertes sur l'Žcritoire.
Tant de chapitres invisibles, de drapeaux
dŽchirŽs.
Tant de couloirs aux recoins inexplorŽs,
tant de forts pluvieuses,
de serpents enroulŽs dans ce paysage
de mue claironnante.
Ce terrible incident, ce schisme gravŽ dans
la cuirasse d'un combattant Žperdu.
Cette terrible conjonction qui reluit
faussement immortelle, impŽtueuse dans son agonie humide.
Aujourd'hui encore se dŽrobe ˆ nos yeux, le
fragment lumineux de cet amour cruel et parfait.
IV
Prince
des embaumeurs,
puisses-tu
nous rapprocher l'un de l'autre.
Prince
des embaumeurs,
Serre-nous l'un contre l'autre.
Prince des embaumeurs,
libre la vie,
ouvre nos lvres.
Arrache au souffle la parcelle de mort
et
jette-la au loin ˆ l'abri du rocher.
Ces sourires mouillŽs sont des morts qui
renaissent
poussŽs par des fleuves d'azur.
Des dŽmons charriŽs par nos bouches de
confusion,
par les torrents de feu qui agitent,
meurtris,
le tissu invisible de l'Žmoi.
Couverts de flammes et de folie,
nos baisers se touchent dans l'au-delˆ.
Nos baisers se touchent et se sŽparent,
convois du renoncement aux choses,
projetŽs Žpars en torches liquides
sur les yeux mi-clos d'une mort rajeunie.
V
Aux parapets de la tour, accoudŽ,
le joueur contemple le spectacle de la vallŽe
verdoyante qui s'Žtend au-dessous des terrasses.
Immobile sur le lac supŽrieur de la pensŽe,
il
Žcarte le ciel saignŽ ˆ blanc
comme un trou laissŽ vide.
Dans la poussire qui recouvre son front,
une femme dŽnudŽe dort paisiblement.
Il y a tant d'allŽes et venues dans ces yeux,
de brins d'herbe oubliŽs, de terres rŽvolues.
A ses pieds sous la mousse, coule un fin
filet d'eau, une ombre qui ruisselle vers les tentes de chanvre.
Un chant de liesse fugace, d'Žcritures et de traits,
de guerriers, de danseurs qui s'effacent
miroitants ˆ mesure que passent les barques.
Immobile sur le lac supŽrieur de la pensŽe,
le joueur dans un saut majuscule,
crucifie en riant,
le visage ŽtonnŽ de l'attente
et grave dans la mousse,
les chroniques de sa rŽsurrection.
VI
Et tel un cerveau de pierre,
la cave o nous logeons
pour quelques nuits d'amour
nous para”t immense
avec ses couloirs glissants,
ses parois moites,
o l'on devine plus qu'une simple invitation.
Nous vidons toutes les bouteilles, tu es
blanche
et lunaire.
Cet amour immaculŽ.
Cet amour similaire aux ajours.
Cet amour ŽmasculŽ, ensorcelŽ.
Cet amour blessŽ dans son ventre et dans son
sang.
Et tel un cerveau de pierre la cave o nous
gisons s'emplit de regards, de sable et de songes uniques.
Et tel un cerveau de pierre,
elle nous recouvre de ses peines,
de ses dictionnaires,
de ses vožtes basses o rŽsonnent nos cris
d'enfants.
Dehors,
le ciel splendide et calme
descend les marches du palais
et jaillit anonyme.
Pur sous le soupirail attentif.
VII
Le ciel habite un point fragile entre tes
yeux,
entre nadir et zŽnith.
J'y suis allŽ un soir de pluie
entre deux rves
pour retrouver l'ancien rivage
et sa clartŽ divine.
Je me suis promenŽ longtemps,
au point de mire de deux existences,
ˆ l'endroit sacrilge o se forment les vies
de chair.
Aux pieds de ces tours Saturniennes.
Et c'est sans doute que douloureux
ce mme soir,
plus fou que d'habitude
j'ai brisŽ d'un coup sec
le vase d'airain,
accŽdŽ aux formes les plus reculŽes
de ton amour magnifiŽ.
Vers sŽculaires ˆ l'empreinte de ces
fragments sculptŽs qui brisrent l'infidŽlitŽ
en la nommant.
J'ai lu en songeant,
parcourant le ponton dans l'espace.
j'ai lu, j'ai soudŽ,
un sarment de ta folie sur mon ventre dŽsert.
J'ai lu, agitŽ ta folie
comme un flambeau ruisselant d'argile,
sculptŽ la hanche du GŽant
qui gardait en silence,
la couronne de la reine lŽgendaire.
Qui voudra me croire ?
Le ciel habite un point fragile entre tes
yeux.
Le ciel de ta signature de chair, le haut du
prŽcipice.
J'y suis allŽ cueillir des perles et des
fleurs
Deux sourires lŽgers gardaient l'entrŽe de
tes blessures.
Le point fragile entre tes yeux.
j'y suis allŽ un jour de pluie,
entre deux rves inachevŽs.
La maison de l'ancienne passion.
Il y a du givre sur la fentre,
des roses sches sur le tapis.
VIII
Prends place ˆ ma table.
Laisse le vent t'emporter,
qui chuchote ˆ nos oreilles.
La voix des invitŽs qui parle du repos de ton
ventre,
de l'essieu de tes hanches aux attaches
solides
et leurs courroies de chanvre blanc de lait.
InvitŽs du pays d'Anubis, ils arrivent,
sur des chars ŽthŽrŽs,
impassibles.
Esclaves de sel et d'ambre,
leurs compagnons du sol,
dressŽs debout les entourent.
Horde filigrane,
des serpents surgissent de l'antique gloire
amoureuse.
Ces visions au seuil de notre amour, bržlots
de grelots d'or.
Parle-moi de l'eau o le cailloux se jette.
Plaisirs de la vie, les ondes vont mourantes.
Parle-moi de l'eau qui vient du vide.
DŽnoue les idoles de pierre,
Donne des miroirs ˆ ces dŽmons hybrides,
ordonne ˆ ces horlogers dŽchus .
Prends place ˆ ma table, autel dressŽ.
Les costumes froissŽs s'envolent,
Nous sommes le hasard,
la moisson d'un jeu divisŽ, un fr™lement jetŽ
ple-mle,
dans la bouche ivre d'un joueur ŽpuisŽ.
La table regorge de fruits murs.
La table est un temple silencieux o nos
songes conversent.
IX
Je cherche un amour nŽ de l'au-delˆ
Sans racines sans Žtreintes.
Je donnerai un visage
ˆ cet amour sans visage.
Je donnerai un nom
ˆ cet amour sans nom.
Cet amour nŽ de la lumire.
X
L'art du gŽographe tient dans une poignŽe de
terre.
J'en ai connu de grands qui vivaient prs de
nous, de grands gŽographes tout entiers ˆ l'ouvrage.
Leurs mains Žtudiant le vaste territoire,
du haut ˆ l'intime,
du glacŽ ˆ la mer de soufre,
Pensifs dans la chambre de marbre,
les grands gŽographes dŽchiffrent leurs
tablettes d'argile mauve,
L'art du gŽographe tient dans une poignŽe de
terre.
La fort s'Žpanouit,
s'Žtend vers l'autre rive,
se peuple d'ivresse.
Le ruisseau argentin y serpente et rugit ˆ sa
guise.
Au confluent de tes hanches et de la mort ,
mes lvres et tes lvres,
mes mains et tes mains,
mes souvenirs et ces signes muets,
ˆ la frontire du doute.
Je renoue ta chevelure aux innombrables
vagues ,
mes paragraphes chuchotŽs ˆ ton oreille
endormie,
Et le volcan ou je pose mon Žquerre sans
frŽmir,
et nos miracles dans le dŽsert,
ton sourire blessŽ sur le pas de la porte.
Tu m'es indiffŽrente depuis ce jour.
Sertie de mille conquŽrants,
de mille penseurs affairŽs .
Loin, tout en bas,
derrire le dŽsert bržlant tu t'empresses de
rena”tre dans un globe entier de fleurs sauvages.
Nos rves s'ajoutent ˆ d'autres rves.
Fort de rves minuscules dans la paume de ma
main.
XI
La trappe s'est rabattue inopinŽment sur nos
existences.
L'eau s'Žcoule et en l'absence d'indices
sžrs,
je songe avec tristesse ˆ l'oiseau qui
chantait hier encore.
Cette nuit d'artifices s'est jetŽe sur nous
et nous couvre d'Žcailles.
Ce serment minuscule qui nous sert de
couloir.
Ce chemin infime entre toi et l'espace.
Je l'ai comblŽ de dŽsirs et de regrets.
Tes yeux se referment,
ton corps se replie.
Dans les trŽfonds de tes bras,
je m'endors par amour pour ton ciel invisible.
Et je sens que ce corps s'apaise,
comblŽ, comme au retour d'une promenade.
Ne crains plus la douleur,
ne crains plus le dŽchirement.
Ce monde singulier qui rayonne de nos larmes,
ce monde allŽgŽ de ses demi-jours ,
ce corps multiple,
cette vigueur des choses qui semblait si
jeune dans nos pensŽes.
La souche de bois mort ˆ nos pieds,
immortalitŽ muette.
XII
Il
fait bon sous ta robe,
il n'y pleut presque jamais.
Une source orpheline y perle.
Il fait bon sous ta robe,
j'entends des trains qui passent,
des sentinelles affolŽes scrutent la nuit,
des essaims d'abeilles fr™lent l'imposture.
Il fait bon sous ta robe.
On y parle d'amour ou de vengeance,
on y sent l'odeur du blŽ et de la vigne.
Sur la tache humide du chaos,
des mains Žtrangres vont et viennent,
sment la panique,
brisent les digues,
Žcartent tes prŽcipices.
J'ai soignŽ maint guerrier apeurŽ, ŽgarŽ ˆ
l'aurore.
Entre deux saccages,
ta robe,
relevŽe tremblante dans la souffrance,
se dresse fervente.
Arbre illuminŽ ˆ l'entour du rŽceptacle.
XIII
Tu es nue dans mes visions.
Docile,
entourŽe du cercle redoutable de mes
adversaires.
Un prŽcipice s'ouvre entre tes jambes,
ˆ l'arrire garde du dŽsir et de la mort.
tu es nue, souveraine,
dans ton royaume de matire et d'inertie.
Tu es nue dans toutes mes visions.
J'accoste h‰tif les rives de ce monde
irrŽversible,
ce monde fabuleux dŽtaillŽ de fleurs closes,
de serments oubliŽs qui passent et repassent
souriant
au crŽpuscule.
J'accoste les rives de ces courbes massives
qui saisissent les draps
dans le rayon opaque de l'abandon.
Cette rŽmission des jours gris.
Ce dŽsir qui regarde au loin vers son image,
le roulis mŽcanique de l'horloge de cuivre
vert,
nutation tranquille du pendule assassin.
Sur le lit o tu dors,
s'Žpuise la nonchalance tranquille des
semaines.
Sur le lit o je dors,
rassasiŽ d'Žcume et de lave,
sur le bord de la fentre ouverte,
la cage de l'oiseau
retient ˆ peine,
le souffle matinal du printemps des ailes.
XIV
J'ai retardŽ ma comparution inŽvitable devant
la roue des ‰mes en feignant d'tre vaincu.
J'ai convenu de mes dŽfaites.
Je me suis absous de mes fŽeries de matire
et d'existence.
Mon enveloppe d'incidence au pŽrimtre de ma
chair.
La flamme de tes sosies de cire.
Je me suis souvenu du vertige prŽcŽdant le
recul des grands mythes circulaires.
Je me suis dŽpouillŽ des myriades et des
lymphes,
J'ai soufflŽ sur ta gorge le vent des ogives
.
J'ai renouŽ les cordons de ma voix
tentaculaire pour y loger tes ailes.
J'ai retardŽ ma comparution inŽvitable devant
la meule des ignorŽs.
J'ai confessŽ mes enchantements.
J'ai dŽposŽ ma doublure d'Žpeautre .
XV
|
I |
l ne faut pas que je sorte encore cette nuit.
Il faut que je soulage toute cette peine.
Il faut que j'ensevelisse toute cette peine
et l'entoure d'un cercle de fer.
Il ne faut pas que je sorte cette nuit.
La table est couverte de dŽbris
Tu respires ˆ peine sous les draps,
et ton coeur ,
voile d'or pur, flotte devant la fentre .
Que je sorte, je ne reviendrai pas.
Il me faut l'espoir de la sentinelle
lorsqu'au petit jour l'aube para”t, frle,
au front de l'ennemi.
Il me faut l'esquif qui prie dans le confort
particulier du rve de l'absence.
Cette nŽgligence sourde.
Ce battement solitaire dans tes reins.
Il ne faut pas que je sorte.
Il faut que toute cette peine s'en aille pour
de bon.
XVI
Viens vers moi,
je t'attends sous ce cintre d'anges,
dans ce cr‰ne de pierre.
Je t'attends ˆ l'extrŽmitŽ des racines,
au bord du labyrinthe.
L' amour perdu,
cette obscure charitŽ.
Je retourne avec fracas vers le socle o
repose la soif d'aller.
J'ai jadis tŽmoignŽ ˆ heure fixe devant le
dieu de bronze.
J'ai jadis embrassŽ les pieds de ta couronne,
embaumŽ ce vŽhicule de chair qui tangue
ˆ la lueur des rŽverbres.
J'ai revŽcu le mouvement de l'ombre,
ordonnŽ aux feux secrets qui te dŽvorent.
J'ordonne maintenant ˆ cet amour et ses
chroniques.
J'ordonne ˆ cet axe tendu,
le centre de ces roues,
le va et vient rŽgulier du balancier,
entre tes membres.
J'ai fouillŽ tes rves,
dans un cliquetis agaant de verre brisŽ.
XVII
Les sous-sols tremblaient.
L'un de nous ouvrit l'Žtui de cuir
que tu portais ˆ ta hanche,
sortit un lourd meuble de chne sculptŽ
et nous entr‰mes tous deux.
Quelques sicles plus tard,
on scella nos existences
et un brouillard Žpais emplit nos narines.
Je cherchai en t‰tonnant le creux de ta main,
j'y dŽposai un masque de silice rouge,
La mme nuit,
mille hommes se jetrent dans l'eau qui
montait vers l'altitude.
la mme nuit, mille blessures se refermrent
dans ta gorge assagie.
La mme nuit,
mille dŽchirures s'accouplrent dans le monde
du sacrifice,
dans le rŽduit insignifiant de la
demeure nuptiale.
XVIII
Le monde,
le sacrifice patient de l'ŽternitŽ,
enroulŽ dans les lignes de ta main.
Le tissu immaculŽ et humide
de ta robe en larmes qui tremble ˆ tes pieds.
Avalanches de brume,
nouŽes bout ˆ bout,
sur le tertre de pierre.
Ce jour-lˆ,
tu trŽbuchais dans les dŽcombres,
ˆ la recherche du bonheur.
Nous nous sommes aimŽs,
comme tous les autres jours.
Il y avait de la rougeur dans tes yeux,
juste de quoi apaiser notre soif d'existence.
Lorsque l'onde extŽnuŽe du miroir nous
emporta.
XIX
J'ai tout abandonnŽ.
Je me consacre ˆ l'Žtude des signes de la
souffrance
et de l'amour.
J'ai tout abandonnŽ,
pour la contemplation des cercles magiques
des tres.
J'ai construit cette tour et sa sphre de
marbre,
ce corps circulaire entourŽ d'”les
inhabitŽes.
J'ai liŽ de grands piliers,
des toiles d'or infinies.
J'ai peint les vožtes ˆ notre image.
J'ai ouvert le flanc gelŽ des montagnes.
J'ai agitŽ des flambeaux,
en toute h‰te,
vers tes yeux rougeoyants
J'ai les clefs de ta puissance.
La mort est un geste bŽnin,
l'amour un geste inutile.
XX
Vous embrasserez le soldat infidle.
Vous embrasserez le guerrier qui meut la
passion,
sur son tr™ne de guerre.
Vous embrasserez la table abandonnŽe
et la fontaine tarie.
Vous embrasserez,
l'uniforme pliŽ sur l'armoire.
Vous embrasserez
la voix haute du lecteur,
dans l'ombre du rŽduit.
De l'octogone je garde un souvenir funbre,
de la sphre,
une compassion parfaite.
Le fusil chargŽ ˆ la porte de l'orage.
XXI
J'ai suivi la poussire au coeur des
cyclones.
A longueur de jour j'ai scrutŽ le delta.
J'ai voyagŽ invisible,
dans les Žchos d'une ‰me vierge.
J'ai cherchŽ ton murmure de crypte en crypte
Ce jour de dŽpart pour le dernier
gŽmissement,
ce jour de dŽpart o le mystre s'est enfermŽ
dans l'agonie des ornements et des lustres.
XXII
J'ai vŽcu dans cette gare ˆ ta recherche,
tra”nant des nuits entires.
Ce soir,
un vagabond hurle ton nom.
Ce soir,
sur la voie dŽserte,
des Žtrangers regardent le corps d'une
inconnue.
C'est toi couchŽe.
Ou est-ce ta soeur,
ta dŽesse multiple qui aurait fui le cercle ?
J'ai parcouru les quais en sens inverse.
J'ai dressŽ un autel pour ta comparution.
J'ai suivi les parallles jusqu'au bord de la
blancheur.
Les soldats se pressent vers leur labeur.
Le dŽsir longe les palissades.
J'ai vŽcu des mois entiers et des annŽes,
dans ces salles.
FumŽes de convois invisibles.
Cet autre monde de brumes alourdies.
J'ai vŽcu dans cette gare de passage
des heures et des heures.
Reviendras-tu un soir ?
Seras-tu aux c™tŽs de celles qui esprent encore,
de ces rves,
une dernire soumission.
XXIII
Entire et intacte, la vie coule ˆ nos pieds.
Il ne passe ici,
que de vieux soldats de plomb ˆ la mine
lasse.
Le papier peint dŽchirŽ parle d'essences
immortelles.
Nous approchons de l'Žquinoxe.
J'aspire un mince filet d'air pur par ta
bouche entrouverte.
Tu ne dis rien.
Je te suis,
de l'autre c™tŽ de la rive,
dans ces couloirs humides o la nuit fait
escale.
Je vis ˆ distance.
Je t'ai sans doute malmenŽe
plus que tu ne le dŽsirais vraiment.
Je t'Žpargnerai bien d'autres malŽdictions.
Au bout du compte,
nous voici sauvagement destinŽs ˆ l'oubli.
Tu as gardŽ mes prŽcieux livres
et mes tableaux de ma”tres.
Aujourd'hui,
aprs d'interminables nuits de marche,
j'atteins l'extrŽmitŽ de la plaine.
Je t'ai prise de force,
quittŽe impŽrissable.
Souffre encore ˆ mes c™tŽs.
Donne-moi encore tes chants de mŽsanges,
aux ar™mes si particuliers.
XXIV
Il t'aura fallu un empire de temps et de
sable pour parvenir jusquÕˆ moi.
La dernire pelletŽe jetŽe par dessus mon
Žpaule, je pars tÕausculter.
Est-ce toi ?
Femme de mes campagnes antiques.
Les morts se comptent
en grains de sable au couchant de ta porte.
Sur ce sceau que je suis seul ˆ reconna”tre.
Cette cave.
Ce tombeau que dÕautres ont creusŽ de leurs
mains.
Ces parois ridŽes par une chaleur sans
mesure.
Ce temple abstrait qui restera notre demeure
secrte.